
Le combat de Lise
Les textes du ruban rose peuvent être dérangeants pour les âmes sensibles. En
décrivant si bien les états d'âme et les souffrances que vivent les personnes
atteintes du cancer, (souvent nommées cancéreuses), nous touchons à une corde
sensible. Ça prend le courage et la grande générosité de Lise pour livrer ainsi ses
états d'âme; car au tout début, elle ne voulait révéler à personne ce qu'elle vivait.
Peu de gens osent livrer leurs pensées profondes et parler de cette maladie. Dans
les temps passés, suite à l'éducation judéo-chrétienne que nous avions reçue, la
maladie était considérée comme une punition. Quand la maladie frappait à notre
porte, certaines personnes disaient : " Ils ont ce qu'ils méritent ". Heureusement que
cette mentalité a bien changé…
Mais très vite, Lise a compris que ses confidences dédramatiseraient la situation et
qu'elle aurait le soutien de sa famille et de toutes ses amies (elles sont
nombreuses). Et de ce fait, son expérience de vie pourrait aider d'autres personnes
à se livrer sans fausse pudeur, à recevoir plus d'amour, de compassion de la part de
leurs familles et de leurs amis.
C'est vraiment là le but ultime de toutes ses confidences qui dévoilent son jardin
secret et prouvent une fois de plus sa grande générosité envers l'humanité, puisque
ces textes sont sur Internet et peuvent rejoindre d'autres personnes qui vivent les
mêmes angoisses.

(Lise se raconte)
3 octobre 2007 - Le lendemain de mon traitement, je me lève avec un mal de cœur comme si j'étais
enceinte, avec des nausées. Même si je prends des médicaments, les nausées
persistent quand même. J'essaie de ne pas y penser. Mais j'ai tellement mal au
cœur, c'est comme si j'avais avalé une livre de graisse ou une pinte d'huile à
moteur. Je me sens comme dans la chanson de Diane Dufresne qui dit : " Je
voudrais dormir ", mais moi, j'aimerais mieux mourir.
Nous traversons les routes et partout sur les poteaux, le fameux ruban rose est
affiché. " C'est le mois du cancer ". Autant les petits rubans roses faisaient mon
bonheur lorsque j'étais enfant, autant je considère ce gros ruban rose comme mon
malheur, même si je sais que cette organisation facilite les recherches qui font
avancer la connaissance du cancer et aide beaucoup de gens à guérir.
Pour être solidaire, j'en ai même un accroché à mon bras.
À quoi ça sert tout ça, que je me dis… Je suis remplie de colère et incapable
d'accepter. Je me sens une loque humaine. Même si je suis maquillée, je me sens
laide, (cancéreuse).Ce matin, une dame m'a demandé : Vous n'avez pas encore
perdu vos cheveux? Ben non, que je lui ai répondu. C'est pour demain… Je me sens
méchante, révoltée ; l'acceptation a plié bagage…

5 octobre 2007 - Une journée d'enfer commence. Je vomis à m'arracher le cœur, c'est sans arrêt.
Malgré mon déni (je ne veux pas retourner à l'urgence) je finis par céder On me
conduit en auto, une serviette sur le front et une chaudière à la main pour éviter les
dégâts. On m'envoie au triage. Comme je suis complètement déshydratée, on
m'installe un soluté avec du gravol. Je fais tellement d'efforts pour vomir que j'ai les
yeux injectés de sang. Ça n'arrête pas…
C'est vendredi, le congé de l'Action de Grâces est commencé, et il n'y a aucun
radiologiste avant le mardi suivant. Je devrai attendre tout ce temps avant d'être
soulagée. Je souffre beaucoup et je suis certaine que le cancer s'est jeté sur le foie
ou le pancréas. Je me sens calme malgré la souffrance, car je suis certaine que je
vais mourir. J'attends après des piqûres qui tardent à venir. Les infirmières sont
débordées de travail. On me change de département et le cauchemar continue …
On a oublié de me mettre un bracelet portant mon nom lorsque je suis entrée. Le
personnel est rare. C'est ce qui cause certaines erreurs, graves erreurs dont j'ai été
victime et que je vais vous raconter…
À suivre…