2 février 2008 Samedi -Je me regarde dans le miroir… mes cheveux
commencent à pousser. On ne voit plus mon crâne, il y a une
repousse de cheveux brun foncé qui cache le fond de ma tête. Enfin,
j'ai l'espoir de retrouver mon identité un jour.
Je me sens insécure avec la ¨moumoute¨, j'ai toujours peur de la
perdre. Un jour que je rendais visite à une amie, j'enlève mon
chapeau et la perruque a suivi. J'étais tellement humiliée!
Ce soir, je suis angoissée... recommencer à me déshabiller, me faire
manipuler les seins dans tous les sens! J'ai peur que l'on me ¨brûle¨
les poumons avec des rayons trop forts, où une autre partie de mon
anatomie. Il y a parfois des accidents regrettables. Une amie a vécu
quelque chose d'atroce, une erreur très grave qui a failli lui coûter la
vie, et cet incident lui a laissé des séquelles qu'elle ne pourra jamais
oublier.
Mais voilà que je laisse marcher la folle du logis.
L'angoisse me fait élaborer des scénarios très négatifs. Je dois me
changer les idées et penser à tous les bienfaits que je vais retirer de
ces traitements.
J'ai hâte au huit mars pour que cesse ma thérapie. C'est long une
année à être déstabilisée. Si je retrouve ma santé (ce que j'espère),
je ne regretterai pas d'avoir entrepris ce combat contre la mort.
J'aime tellement la vie…

3 février 2008 Dimanche - Demain, je retourne à l'hôpital pour un
dernier combat avant la victoire. J'en sortirai gagnante, j'en ai la
certitude… Je sens venir le sommeil…je n'y résisterai pas.
4 février 2008 - Aujourd'hui, je dois me rendre à la résidence où je
vais habiter pour la durée de mes traitements.
J'ai très mal dormi la nuit dernière…
L'angoisse me ronge, la peur de l'inconnu…
À une heure, je me rends à l'hôpital pour de nouvelles marques au
¨crayon mauve¨. Quand tout est fini, j'ai les seins et le dessous du
bras comme si j'étais préparée pour une autopsie. Ce n'est rien pour
remonter le moral…
En les regardant travailler sur mon corps, je les écoutais et je me
percevais comme un modèle de construction : 44,1 cm x 22,6 cm
(etc.). Tout cela a duré au moins vingt minutes.
Quand je me regarde dans le miroir, j'ai l'impression de vivre un
cauchemar : pas de cheveux, et ces affreuses marques mauves qui
déteignent sur mes vêtements de nuit. Si j'enlève mes prothèses
dentaires, je suis bonne pour le musée des horreurs!
Par contre, ce que j'apprécie, c'est que je suis encore en vie et quand
il y a de la vie, il y a de l'espoir.
Le soir, Marielle, mon amie de toujours, m'amène au restaurant.
J'imagine que les gens me regardent avec curiosité… A-t-elle ses
cheveux ou est-ce une perruque? Moi qui suis fière et très
orgueilleuse de mon apparence, mon ego en prend un coup…
Je retourne à ma chambre, je défais ma valise et je fais
connaissance avec ma nouvelle compagne. Elle est très sociable et
je sens que je vais bien m'entendre avec elle.
Je vais coucher dans un petit lit étroit. Le bruit de la ville de Montréal
m'incommode. Je mets des bouchons dans mes oreilles ce qui
facilite mon sommeil.

5 février2008 -Mon traitement est à sept heures du matin. J'ai peur
de ne pas trouver la salle de traitements, car cet hôpital, c'est
presque une ville. Heureusement, je rencontre une dame qui se rend
au même endroit.
J'attends que l'on m'appelle, j'ai le cœur qui palpite, il n'y a pas d'âge
pour la peur. Je me sens encore une fois comme le jour de mon
premier vaccin avant d'aller en classe.
Je vais toujours avoir la chambre C. On m'installe les bras en l'air, les
jambes appuyées sur un coussin, et on m'explique ce qui va se
passer. Il ne faut pas bouger quand la machine envoie ses rayons.
On ne voit ni ne sent rien pendant cinq minutes, puis le traitement est
fini.
Ma compagne et moi allons déjeuner à la cafétéria. Bien entendu,
chacune parle de son cancer et je constate le courage de ces
femmes. C'est une leçon de vie qui nous est donnée à chaque jour.
Nous constatons que nous ne sommes pas seules à vivre des
craintes et des espoirs aussi…
Les statistiques disent que toutes les trois secondes dans le monde,
il y a une femme qui apprend qu'elle a le cancer du sein.
Ce n'est pas très rassurant pour celles qui se pensent à l'abri de ce
fléau, comme moi, qui me pensait intouchable…

6 février 2008 Mercredi -J'ai très bien dormi et comme je suis
habituée à vivre avec mes pensionnaires, je n'ai aucune difficulté à
m'adapter à ma compagne qui, elle aussi, a un cancer du sein.
Je dois me lever à cinq heures, le temps de me maquiller car je me
rappelle les conseils de maman : si tu veux garder le moral, ne néglige pas ton apparence.
Et à ce sujet, je veux mentionner, en passant, l'aide apportée par la
Fondation de l'Association Canadienne des cosmétiques, produits de
toilette et parfum, pour garder le moral des femmes qui vivent le
cancer. Ce programme porte le nom de :
Belle et bien dans sa peau.
Cette association offre aux femmes en traitements de chimiothérapie
ou de radiothérapie, des séances de maquillage conçues pour
répondre à leurs besoins. Des cosmétologues professionnelles
donnent des conseils en petits ateliers ou en séminaire, sur les soins
de la peau, les prothèses capillaires et les coiffures adaptées à la
perte temporaire des cheveux.
Ce programme est gratuit pour toutes les personnes qui vivent le
cancer. J'ai moi-même bénéficié de ce programme, ce qui m'a
beaucoup aidée à garder le moral.
Les sessions de
Belle et bien dans sa peau sont offertes à travers
le pays, principalement dans les hôpitaux et les centres de
cancérologie. La Société canadienne du cancer est associée à
cette heureuse initiative depuis ses tout débuts en 1992.
C'est un programme d'intérêt public d'envergure nationale, conçu
pour aider les femmes vivant avec le cancer à composer avec les
effets secondaires. Le moral de ces femmes et l'image qu'elles ont
d'elles-mêmes s'en trouvent souvent améliorés, ce qui leur permet de
faire face à la maladie avec une plus grande confiance.
Pour plus de renseignements, vous pouvez aller sur Internet et
chercher :
Belle et bien dans sa peau
1re C'est un programme non médical, en ce sens qu'il n'intervient
aucunement dans le traitement médical de la participante et ne vise
pas à remplacer les conseils d'ordre médical.
2e C'est un programme gratuit. La participation à l'atelier est gratuite,
tout comme l'exemplaire de la revue
Belle et bien dans sa peau
remis à chaque participante.
3e C'est un programme impartial, ni le programme ni ses bénévoles
ne privilégient quelque marque ou salon de beauté que ce soit.
Ce sont tous ces programmes qui nous aident à garder le moral et à guérir.
J'aime bien vivre à l'Hôtellerie, il y règne une belle ambiance. Je m'y
sens en sécurité, même si parfois je pense vivre sur une autre
planète, la planète de la souffrance, quand je vois les personnes
atteintes de multiples formes de cancer : de la langue, de la gorge,
des poumons, des seins, du cerveau, du tissu d'une jambe et j'en
oublie… "
Malgré tout, les femmes se racontent des anecdotes, et elles rient
ensemble. Voilà pourquoi j'aime partager des confidences avec ces
personnes. Si j'étais seule chez moi, je me poserais beaucoup de
questions qui resteraient sans réponse. Malgré nos inquiétudes, il y a
beaucoup de confiance dans nos aveux et nous espérons toutes
guérir.
À suivre…