8 février 2008 vendredi - C'est le dernier traitement de la semaine,
je retourne chez moi, rassurée, car mes doutes se sont envolés. Les
traitements furent moins souffrants que je ne l'avais imaginé. C'est
vrai que rien n'arrive comme on pense. Il ne faut jamais laisser
déborder notre imagination…

10 février 2008 Dimanche - J'ai hâte de retourner à la Fondation. Je
m'y sens en sécurité, bien encadrée, et je n'ai pas le stress de
voyager.
Le soir, toutes les femmes se retrouvent au grand salon. Certaines
d'entre elles confient leurs inquiétudes concernant l'endettement que
leur causera ce cancer.
Ces femmes ont travaillé toute leur vie dans des manufactures, à bas
salaire, sans plan d'assurance invalidité ni assurance médicaments.
Elles ont 15 semaines d'assurance maladie, démontrant une fois de
plus l'injustice du Système. Si elles avaient perdu leur emploi, elles
auraient eu droit à 39 semaines de revenus.
Par la suite, elles seront éligibles à l'aide sociale. Ce souci s'ajoute à
la maladie, et elles devront défrayer les coûts de certains
médicaments qui ne sont pas couverts par le régime d'Assurance
médicaments. À ces dépenses s'ajoutent les frais de transport ainsi
que les stationnements (de 6$ à14$ /visite).
Je me trouve chanceuse : au travail, j'ai les deux plans, Assurance
invalidité et Assurance médicaments.
Maintenant, changeons de conversation…Si nous ne voulons pas
déprimer davantage… Nous aborderons des sujets plus légers…
Vivons le moment présent, sinon c'est la dépression qui nous guette!

11 février 2008 Lundi = Après le traitement, nous allons déjeuner à
la cafétéria. Il y a toujours quelqu'un qui raconte des faits cocasses.
Je me rends compte que la vie peut avoir un sens, même si on est
atteinte de cancer.
Ce qui m'étonne toujours, c'est de voir des femmes atteintes du
cancer de la gorge, qui vont fumer dehors malgré les gros froids.
J'imagine que ce doit être très difficile d'arrêter de fumer puisque des
femmes aussi intelligentes n'y parviennent pas, même sous la
menace du cancer.

13 février 2008 Mercredi - Aujourd'hui, j'ai un peu d'angoisse : on
vérifiera par une radiographie si tout est normal au niveau du sein.
Une de nos compagnes a appris hier que son cancer récidivait. Elle
doit cesser la radiothérapie et recommencer à suivre des traitements
de chimiothérapie…
Toutes les femmes de l'hôtellerie en ont été affectées, car chacune
vit toujours avec la peur d'une rechute. On ne trouve aucun mot pour
l'encourager, d'ailleurs, dans ces circonstances, il n'y a rien à dire
sinon l'expression de notre propre angoisse.
La vie continue et le soir, j'ai droit à une séance de
Belle et bien
dans sa peau. C'est très chaleureux. Ce sont des bénévoles qui
nous expliquent comment se maquiller et se coiffer afin d'être à notre
avantage. On nous donne une trousse de maquillage efficace pour
notre situation, car la radiothérapie assèche la peau.
J'ai bien aimé ma soirée et c'est l'heure du coucher. Demain, j'aurai
le résultat de mon examen du sein.

14 février 2008 Jeudi - Ce matin, j'ai de bonnes nouvelles de ma
radiographie. Tout est normal… merci mon Dieu!
Nous allons déjeuner à la cafétéria. Dans l'après-midi, j'ai droit à un
massage. Tout est bien organisé dans cette maison, il y a toutes
sortes d'activités : l'Internet, une bibliothèque, une salle de lecture.
Il y a deux salons par étage, un pour regarder la télévision, et un
autre pour recevoir nos visiteurs. Il y a même un salon de coiffure
(pour celles qui ont encore leurs cheveux).
Comme c'est la Saint-Valentin, certaines d'entre nous ont décidé
d'aller au restaurant.
C'était plaisant, la vie ressemblait à la belle vie d'autrefois… On
arrivait à tout oublier.

15 février au 2 mars 2008 - Les traitements continuent avec la
même routine chaque matin : déshabille, couche sur le dos, ne te
gratte pas et surtout, n'éternue pas parce qu'il faudra tout
recommencer Quand même, la radiothérapie, comparée à la chimio,
c'est un pique-nique!
De plus, le fait de ne pas vivre isolée m'aide à dépasser mes
inquiétudes… Ah! Ces peurs!
C'est curieux de tenir tellement à la vie, elle semble si compliquée!
Mes cheveux recommencent à pousser ¨noirs¨… moi qui étais brune!
Je suis surprise chaque fois! Le plus merveilleux, c'est que je me
sens renaître!!!
J'avais mis des images d'oiseaux dans mon miroir de chambre pour
ne pas me voir la tête rasée. J'avais l'impression que la perte de mes
cheveux était une punition! C'est quelque chose, c'est certain… c'est
dur pour l'orgueil. Quasi impossible de le cacher, c'est comme
l'ultime punition. J'ai bien tenté de me raisonner, de faire la grande
fille, et je me suis répété je ne sais combien de fois, que moi, c'est
juste temporaire, qu'au fond, je suis chanceuse.
Ouais! La théorie… c'est bien beau, mais dans la pratique, dans la
vraie vie, ça fait mal à l'orgueil quand même et pas seulement un
peu… Chaque fois que mes yeux croisaient un reflet quelconque,
une vitre, un grille-pain, une cuiller, j'avais l'impression que mon
cœur cessait de battre… mais maintenant, lui aussi renaît et peut se
remettre à battre librement.
Je sais que c'est beaucoup plus souffrant pour celles qui se font
enlever les deux seins et qui doivent s'habituer, pour toujours, à cette
image que leur renvoie leur miroir…
Au début, je n'étais pas positive du tout. Lorsque j'ai appris que
j'avais le cancer, ma première pensée fut d'aller régler mes
arrangements funéraires. Pas trop cohérent avec mon besoin de
vivre!
D'ailleurs, la maladie m'a fait comprendre qu'il m'arrive de percevoir
les choses sous leurs mauvais angles. Je réalise que parfois, les
actions que je choisis de poser ne sont pas toujours les mieux
adaptées aux besoins que j'exprime.
À suivre…