Il y avait ce que l'on appelait dans le bon vieux temps "Les
déclamations" que les jeunes filles se risquaient à réciter en
essayant de surmonter leur timidité. Voici donc pour vous :
Dans le village l'on rapporte souvent que l'amour est un dieu malin et
l'on dit aussi qu'il faut qu'une jeune fille, de lui se méfie soir et matin.
Mais moi, j'aurai bientôt 16 ans, je suis gentille; je crois d'aimer qu'il
serait bien temps. Mais papa me gronde encore; il trouve que je suis
encore trop jeune… Jusqu'aux voisins qui s'en mêlent. Il faudrait
peut-être pour aimer attendre à 50 ans. Ah! bien non!! Je ne veux pas
coiffer Sainte-Catherine comme cela.
Pour moi, il me faut un petit mari tout de suite. Où le prendre? Où le
trouver? C'est encore difficile à trouver; ça ne se trouve pas partout…
Mes chers messieurs, je veux me marier. Qui veut m'aimer? Qui veut
m'aimer?
J'emporterai le jour du mariage tout ce qu'un homme peut
exiger… Je suis douce, caressante, sage; mon mari pourra bien vite
en juger par là. Pour lui, j'aurai tous les soins désirables; je le
dorloterai bien tendrement. Ah! oui, je le dorloterai… Je lui poserai
des boutons à ses chemises; je lui ferai du lait de poule, des
confitures de ménage. Et bien, cela vous engage-t-il un peu?
Messieurs, messieurs, je veux me marier… Qui veut m'aimer? Qui
veut m'aimer?
Je ne suis ni bavarde, ni méchante; la gaieté c'est
mon refrain… Un rien me contente; j'ai toujours le cœur sur la main.
Et je dois vous dire aussi qu'à la maison, je sais tout faire : laver,
coudre, repasser.. Trop heureux, messieurs, si cela peut vous plaire.
Et ce n'est pas tout… Je sais filer, traire les vaches, plumer les
dindons. Ah! si vous me voyiez quand je relève mes manches jusque
là. Je ne suis pas fainéante. J'ai mes trente-deux dents, je suis
vaccinée, j'ai bon appétit. Et d'ailleurs si mes joues sont roses, ce
n'est pas de la peinture. Quant à mes cheveux, ils sont bien à moi
puisque je couche avec.
Messieurs, messieurs, je veux me marier… Qui veut m'aimer? Qui
veut m'aimer?